Mot du curé

Octobre 2026

Tous les fidèles appelés à soutenir leur paroisse

Sur la place de l’église, au centre-ville, paroissiennes et paroissiens, petits et grands, réguliers et occasionnels, convaincus et dubitatifs, absolument tous qui se déplacent le dimanche pour fêter le jour du Seigneur, se côtoient, se parlent et se répondent, se mêlent et s’entremêlent. On devine les sujets de conversation après la messe : travail et famille, loisirs et santé, culture et divertissement, voyages et expériences, politique et économie …

C'est ainsi qu’on fait devant notre église où on prie bien pendant l’office, puis on bavarde sans malice …

Et la cloche sonne. Midi carillonne (cf. la chanson d’Henri Colas, Sur la place de l’église[1]).

Inspiré par l’esprit de Vatican II, le saint pape Jean Paul II l’a bien exprimé en termes théologiques dans son exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici en 1988 : « [la paroisse] est (…), en un certain sens, l’Eglise elle-même qui vit au milieu des maisons de ses fils et de ses filles (…). La paroisse n’est pas, en premier lieu, une structure, un territoire, un édifice ; c’est avant tout « la famille de Dieu, fraternité qui n’a qu’une âme ». C’est « une maison de famille, fraternelle et accueillante » ; c’est « la communauté des fidèles ». En définitive, la paroisse est fondée sur une réalité théologique, car c’est une communauté eucharistique. Cela signifie que c’est une communauté apte à célébrer l’Eucharistie, en qui se trouvent la racine vivante de sa constitution et de sa croissance et le lien sacramentel de son être en pleine communion avec toute l’Eglise. Cette aptitude se fonde sur le fait que la paroisse est une communauté de foi et une communauté organique, c’est-à-dire constituée par des ministres ordonnées et par les autres chrétiens, sous la responsabilité d’un curé qui, représentant l’Evêque du diocèse, est le lien hiérarchique avec toute l’Eglise particulière » (n° 26).

Qu’est-ce qui fait exister notre paroisse ?

En clair et concrètement, le saint pape nous dit que la paroisse ne relève pas d’abord de l’institution et de la doctrine fixée une fois pour toutes. Elle est avant tout et d’abord une communauté de cœur et d’esprit dont le ciment est le « mystère des mystères » - l’eucharistie. Ancrée dans la foi commune et la vie en Jésus Christ, Fils de Dieu, notre Seigneur et Sauveur, la communauté paroissiale est intégrée au Corps du Christ, inséparable de sa Tête. Ainsi l’eucharistie fait exister sacramentellement, et donc visiblement et réellement, ici et maintenant, notre communauté de paroisse, composée du peuple de fidèles, d’hommes et de femmes, d’enfants et de jeunes, de fidèles laïcs et de de ministres ordonnés, tous « incorporés » au Christ, « greffés » à son Corps, tous ensemble formant un « même être christique », un « seul être » avec le Christ, une « même vie » à travers le temps et l’espace (cf. Jn 15 ; 1 Co 12 ; Rm 6,5 ; Rm 8 ; Rm 11 ; Ga 2,20). Ainsi, tous sont en quelque sorte « membres les uns des autres » (cf. Rm 12,5 ; Ep 4,25). C’est pourquoi, au dire de saint Maxime le Confesseur (†662), père de l’Eglise « indivise », « tous sont unis de façon véritablement catholique. Dans l’Eglise, nul n’est aucunement séparé de la communauté, tous se fondent pour ainsi dire les uns dans les autres, par la force simple et indivisible de la foi (…). Le Christ est ainsi tout en tous » (Mystagogie, 1, PG 91, 666-668)[2].

De là découle naturellement la complémentarité des fidèles baptisés et des ministres ordonnés (prêtres et diacres) dans nos paroisses. Sans gommer la distinction qui existe entre eux, les prêtres et les fidèles laïcs sont égaux dans leur façon d’être des chrétiens ; ils font exister mutuellement l’Eglise, ici et maintenant, selon leurs vocations propres et spécifiques, en collaborant en communion au salut du monde (cf. Concile œcuménique Vatican II, Constitution dogmatique sur l'Église, Lumen gentium 33 ; Décret sur l'apostolat des laïcs, Apostolicam actuositatem 24). Cette collaboration de tous les fidèles dans la mission de notre paroisse se fait aussi bien dans la sphère dite « spirituelle » (évangélisation et sanctification) que dans la sphère « temporelle » (gestion des biens, engagement dans la société). Enumérons-en quelques exemples parmi les plus évidents, en vrac : accomplissement, par des paroissiens autres que les prêtres (et toujours en lien étroit avec ces derniers), des tâches de la catéchèse, de la liturgie et de la préparation aux sacrements, participation fidèle et régulière à la prière communautaire, service et témoignage évangélique rendus aux familles en deuil, aux malades, aux personnes isolées et âgées, accueil et permanences dans l’église, engagement au monde associatif, dans le service de la charité et en faveur des causes mondiales ; et, bien entendu, la participation effective de fidèles (christifideles) aussi bien à l’organisation de tant de réunions et d’activités essentielles à la vie de la paroisse, qu’au financement de sa vie matérielle[3]. Nous y voici, nous y voilà !

Il faut décidément parler des ressources financières de notre paroisse

On le sait, mais il faut le répéter souvent tant les légendes sont tenaces, la vie matérielle de notre paroisse dépend exclusivement des dons des paroissiens. Notre paroisse, tout comme notre diocèse, ne perçoit aucune subvention de l’Etat ni des collectivités, ni du Vatican. Seuls les dons de ceux et celles qui veulent nous soutenir, nous permettent de poursuivre notre mission. Ainsi, le denier de l’Eglise est le moyen ordinaire de financement de la paroisse. Y contribuer, c’est témoigner de notre attachement et de notre appartenance à l’Eglise. C’est la faire vivre tous les jours et participer à sa mission. La quête est avant tout un geste liturgique qui manifeste notre participation active à la procession des offrandes (offertoire) qui signifie le don de nous-même. Sans conteste, le don que nous faisons à ce moment-là représente notre offrande spirituelle. Par ailleurs, depuis les premiers siècles, les chrétiens ont accompagné leurs intentions de messe d’une offrande. D’abord offrandes de nourriture, elles se sont transformées en offrandes d’argent au fil des siècles. Encore de nos jours, ces offrandes ont toujours le même objectif : assurer la vie de la paroisse et la subsistance du prêtre célébrant la messe demandée. C’est un service spirituel qu’il accomplit quotidiennement. Lors d’un baptême, d’un mariage ou des obsèques, il est aussi d’usage de faire un don pour participer aux frais correspondants à la célébration et à sa préparation (chauffage, entretien de l’église, des bâtiments, électricité, traitement de ceux qui rendent service, etc…). Enfin, quant aux legs, il s’agit d’un soutien pour l’Église d’aujourd’hui et de demain. Léguer à la paroisse, c’est lui donner dans le présent et dans l’avenir les moyens matériels de poursuivre sa mission d’évangélisation, de charité et de prière[4].

Alors, dès aujourd’hui, notre décision d’exprimer notre attachement à la paroisse peut se traduire par notre participation à la contribution financière pour :

- payer les traitements des prêtres et les salaires paroissiaux,

- payer les frais de fonctionnement de la paroisse : chauffage, électricité, activités pastorales (catéchisme, rassemblements …),

- participer aux frais occasionnés par les célébrations et aux dépenses généraux et particuliers de la paroisse,

- envisager les projets d’avenir.

Comment donner ?

A vous maintenant

J’en ai déjà trop dit, et j’en dis trop peu. La suite, c’est vous, chers paroissiennes et paroissiens, qui allez l’assurer en toute liberté, à votre façon, selon vos moyens et vos envies. Oui, comme bon vous semble et sans aucune contrainte. Ainsi perdurera, je n’en doute pas, au cœur de notre ville, un espace à la fois familier et nouveau de l’annonce et du témoignage de la victoire du Christ sur la mort et le péché du monde.

En effet, comme nous l’a dit le pape Léon XIV sur la place de la Concorde, le samedi 26 septembre, « c’est en acceptant de vivre en vérité sous le regard de Jésus que nous sommes authentiques, que nous pouvons regarder nos vies avec lucidité. Elles sont, certes, fragiles, vulnérables, vouées au passage de la mort, mais elles sont aussi merveilleuses, miraculeuses, capables de se renouveler dans leurs relations et de s’ouvrir au véritable amour ».

Mes prières et mes pensées fraternelles vous accompagnent.

P. Christophe Witko, curé

[1] https://www.youtube.com/watch?v=5n2Pzt9wdKo&list=RD5n2Pzt9wdKo&start_radio=1

[2] Dans O. Clément, Sources. Les mystiques chrétiens des origines. Textes et commentaires, Stock, Paris, 1999, p. 105.

[3] Je renvoie ici au livre de Mgr J. Doré, Le salut de l’Eglise est dans sa propre conversion, Salvator 2021. Voir aussi M. Vidal, A quoi sert l’Eglise ?, Bayard, 2008.

[4] Voir https://eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/soutenir-leglise/denier-eglise/371078-ressources-eglise-catholique/

[5] Une offrande versée à l’occasion de la célébration d’un sacrement (baptême, mariage, sacrements des malades) ou d’un enterrement.

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